La Charge mentale : le deuil de l’amour parfait

By Patricia mode de vie Aucun commentaire sur La Charge mentale : le deuil de l’amour parfait

Evoluer en matière de partage des tâches domestiques, c’est indispensable à la santé de votre couple. Mais quand la charge mentale oscille entre victimisation, culpabilité, deuil et responsabilité, peut-être sans même que l’on s’en rende compte, comment s’apaiser pour retrouver du bonheur à vivre ensemble ?

Cette publication va peut-être vous mettre en colère si vous avez besoin de vous plaindre et de partager votre désarroi avec vos copines, celles qui trouvent, comme vous, que la charge mentale est une plaie largement imputable à votre mec. Si, au contraire, vous devinez que  des problèmes plus intéressants se cachent derrière ces histoires de tâches ménagères, vous avez peut-être envie d’aller voir plus loin. Dans ce cas, cette publication est faite pour vous.

Charge mentale – Emma vs Aline, deux femmes, deux regards

Il y a quelques jours, alors que nous abordions le sujet, Nina m’a transmis ce lien vers le blog de l’illustratrice Aline de Petigny. Elle m’a dit qu’en observant des codes graphiques semblables à ceux d’Emma, Aline proférait un tout autre discours. J’ai donc découvert le blog d’Aline et, en effet, elle parle de la responsabilité de la femme, là où Emma pointe la culpabilité des hommes. Intéressant !

 

Emma écrit ainsi :

« Quand le partenaire attend de sa compagne qu’elle lui demande de faire les choses, c’est qu’il la voit comme la responsable en titre du travail domestique […] quand on demande aux femmes de faire tout ce travail d’organisation, et en même temps d’en exécuter une grande partie, ça représente au final 75 % du boulot ».
[…] « En fait ce que disent nos partenaires, en nous demandant de leur indiquer les tâches à faire, c’est qu’ils refusent de prendre leur part de charge mentale ».
[…] ces comportements n’ont rien de biologique ou d’inné […] par contre nous naissons dans une société où on va nous mettre très tôt des poupées et des petits aspirateurs dans les mains.[…] où on voit nos mères prendre en charge toute la gestion de la maison, pendant que nos pères ne font que participer à son exécution […]
Pour changer les choses, il me semble évident que les hommes doivent apprendre à se sentir responsables de leur foyer »

 

Femmes victimes vs hommes coupables

Emma pose les femmes en victimes et les hommes en responsables de la situation.

En écrivant :

« en fait ce que disent nos partenaires, en nous demandant de leur indiquer les tâches à faire, c’est qu’ils refusent de prendre leur part de charge mentale »,

elle fait aux hommes un procès d’intention. Elle fait de la lecture de pensée. Elle sait mieux qu’eux ce que les hommes pensent et elle les met tous dans le même sac : c’est le principe de la généralisation.

Ne serait-ce pas plutôt aux hommes eux-mêmes, et à titre individuel, de dire ce qu’il y a derrière le fait qu’ils attendent qu’on leur dise que faire ?

D’où vient la passivité des hommes

À ce tsujet, la psychothérapeute, sexologue et thérapeute du couple, Laurence Dudek, nous renvoie à notre enfance. Petite fille, petit garçon, nous avons, en effet, été traités différemment. Si les filles se sont vu assigner des tâches domestiques, les garçons ont souvent été priés de se calmer et d’attendre qu’on leur dise que faire.

Selon Laurence Dudek, nos hommes pourraient donc avoir maintenu l’attitude qui leur a été imposée quand ils étaient enfants : se calmer et attende qu’on leur dise que faire. Au sein du foyer, au lieu de risque de prendre des initiatives inappropriées et de se faire rabrouer, ils préfèrent attendre qu’on leur dise que faire. Ils ont intériorisé le statut de celui qui est ignorant là où la femme a intégré celui de l’experte attitrée, la cheffe de projet, celle qui a une solution à tout, comme l’étaient nos mères.

L’omniscience des femmes et son effet

Dans La Femme Mystifiée, Betty Friedan attirait l’attention sur la prétention à l’omniscience des ménagères (traduction de l’américain housewives), une attitude que l’on retrouve chez beaucoup de femmes aujourd’hui. C’est ce dont témoigne Olivier dans les commentaires de l’article de Emma : « Bien sûr, je fais des lessives, repassages pliages, rangement, cuisine, courses […] Mais il y a toujours quelque chose qui ne va pas : entre les choses mal pliées (comment on fait ? Je te l’ai déjà dit 100 x – faux), les trucs mal rangés (ça, ça va pas là et ça non plus; ça, c’est à ta fille; ça a ton fils…), ou encore « touche pas à mes affaires sinon je retrouve rien »… alors, que faire de ce qui est à elle sur la table du salon, au moment de manger ?).

Comment leur couper l’envie de participer

J’en ai parlé dans un article précédent : s’il est une chose qui fait mal et inhibe l’initiative masculine, c’est bien le fait de se faire reprocher d’avoir mal fait. Or, cela arrive souvent, puisque beaucoup de femmes ne peuvent pas s’empêcher de repasser après leur homme pour corriger ce qu’il a fait inadéquatement selon elles. Que l’on s’étonne que ni lui ni les enfants n’aient envie de prendre des initiatives par la suite.

« J’ai vu nombre d’hommes se casser les dents en essayant de faire, en prenant des initiatives et même une part de charge mentale dans leur foyer, mais se heurtant à des « mais non pas comme ça » ou des « mais pourquoi tu ne le fais pas mardi au lieu de demain », « fais attention tu as mal mis la couche », « mais pourquoi tu lui as donné la compote de pomme? Je t’avais dit YAOURT ». Alors je suis d’accord avec tout et je suis une femme, mais de grâce, LAISSEZ-LE FAIRE A SA MANIERE et arrêtez de le casser à chaque fois que vous auriez fait différemment. Ca doit être sacrément chiant. Et à mon avis, plus d’un a jeté l’éponge à cause du côté « louve dans son foyer » que certaines féministes ont carrément occulté… », admet Fabienne, toujours dans les commentaires de la publication d’Emma.

Eh oui, si l’on veut faire durer la contribution des membres de la famille, un principe de base de l’organisation familiale consiste à les responsabiliser.  Laissez-leur la liberté de le faire comme ils l’entendent : ce qu’ils entreprennent, qu’ils le fassent à leur manière.

Au lieu de corriger – machinalement ou furieusement – ce que font notre conjoint ou nos enfants – pourquoi ne pas nous interroger sur la place que nous réservons à l’amour et au plaisir de vivre ensemble, dans notre agitation mentale et nos élans normatifs ?

Aline de Petigny et la responsabilité

Aline de Petigny, pour sa part, reprend la problématique en se posant cette question :

« Si je réfléchis deux secondes… Ça veut dire que je suis un peu… comment dire… pas responsable de mon état ? ».

Elle poursuit en écrivant :

«Vous savez quoi ? Si j’ai une charge, c’est que j’accepte de la porter ! Libre à moi de la poser. […] Je suis responsable ! Donc, je suis responsable et libre de poser la charge, libre de voir les choses autrement. (c’est le regard qu’on porte qui change tout ! ) »

Aline-de-Petigny

Subjectivité, représentations et responsabilité

Comparée à Emma, Aline de Petigny aborde la question de la charge mentale sous un nouvel angle : celui de la subjectivité et de la responsabilité que l’on a envers ses processus mentaux et émotionnels.

 En effet, notre représentation – c’est-à-dire ce qu’on se raconte à soi-même au sujet de sa situation – et les émotions qui découlent de cette narration, sont sous notre seule responsabilité.

Et si l’on veut s’interroger, cette narration va de pair avec une série de questions concernant nos croyances, ce qui nous amène à juger notre conjoint comme nous le faisons, la façon dont nous lui parlons ou pas, les mots que nous lui disons, la façon dont nous interprétons ses paroles ou ses silences, notre façon d’exprimer, ou pas, ce qui nous plait ou pas.

A travers les propos des femmes qui se plaignent, cela ferait sens d’identifier le lieu d’où l’on parle et les besoins qui sont frustrés, et de se positionner hors des émotions pour parler des émotions. Car souvent, les faits et les objets – ce dont on parle et se plaint – sont un écran qui évite de penser à et de parler de la relation. Or, qu’en est-il de l’amour que l’on porte à celui que l’on juge et condamne ou dont on corrige les initiatives ? Qu’en est-il de l’amour que l’on se porte à soi quand on se sacrifie en silence ? Où en est-on de la connaissance que l’on a de soi et de ses besoins quand, tantôt on veut tout faire et quelques jours plus tard, on se plaint de devoir tout faire ?

Charge mentale et deuil

Si l’on se reporte à la courbe du deuil telle que l’a formalisée Elisabeth Kubler Ross, les deux attitudes – victime en colère vs responsabilité – on pourrait situer la première attitude dans la phase descendante du deuil et la deuxième, dans la phase ascendante.

Dans la phase descendante, après le choc, on est incrédule, dans le déni, la colère, la tristesse, la résignation.
 L’acceptation fait la charnière entre les deux phases, et puis l’on passe au pardon, et à la recherche du sens.

De quoi pourriez-vous être en deuil ?

Vous pourriez être en deuil de l’amour fusionnel, de l’illusion de la gémellité, de la croyance qu’il était le bon, de l’illusion du prince charmant; vous savez : celui qui devine vos souhaits sans que vous ouvriez la bouche.

C’est bizarre : ce fantasme du conjoint médium, même avec les année, il ne nous quitte jamais.

Votre colère ne résulte peut-être pas seulement du fait qu’il attend de s’entendre dire que faire. Elle est peut-être liée à l’opinion – formulée ou pas – qu’il a menti sur qui il était réellement, ou que vous vous êtes trompée une fois de plus car, définitivement, les mecs sont tous les mêmes.

Ce sont des suggestions

A vous de comprendre votre ressentiment envers votre conjoint et le besoin qui s’exprime à travers votre sentiment d’être sa victime.

Et puis, n’oubliez pas que notre culture valorise le sacrifice, ce qui vous donne le rôle noble : cela peut être tentant de se complaire dans le rôle de la victime qui encaisse silencieusement.

La personne qui se trouve du côté de la responsabilité, quant à elle, est plus encline à considérer les épreuves comme des leçons de vie. Elle cherche le sens, le cadeau, l’enseignement. Et elle évite le silence : elle parle, parce qu’elle veut sortir de l’impasse et avancer.

Claire et Jamie Frazer, les héros de Outlander

Claire et Jamie Frazer de la série Outlander, le couple le plus communicant de la galaxie. Dommage qu’il soit fictif ;o)

Responsabilité : place au co-apprentissage

C’est ainsi que Laurence Dudek invite au co-apprentissage : notre éducation nous ayant à tous deux transmis des réflexes qui peuvent opérer au détriment de la relation, il est essentiel de parler; par exemple pour partager sur nos besoins et la façon dont nous réagissons aux actes ou aux non-actes de l’autre pour s’ajuster. Et de le faire régulièrement car nous évoluons constamment et que ce qui a été dit de bonne foi il y a quelques semaines – a fortiori quelques mois ou années – peut ne plus être vrai aujourd’hui.

C’est aussi bien de communiquer régulièrement, d’en faire un rituel et donc de ne pas attendre que cela aille mal  pour parler, ce qui évitera d’associer communication et prise de tête.

Au-delà de ce qui nous fait plaisir, on peut alors aussi partager les équivalences concrètes de nos valeurs.

Ainsi, si l’on partage une même valeur respect, cette dernière peut signifier pour l’une « je me sens respectée quand on me dit ce que l’on pense » et pour l’autre « je me sens respecté quand on accepte l’idée que j’ai un jardin secret et qu’on ne regarde pas dans mon smartphone ».

Et surtout, ce mec, les femmes responsables l’ont choisi, et elles croient que le dialogue dans les difficultés aide à grandir ensemble et à faire évoluer le lien.

 

Et si on passait à l’action ?

Et si vous vous réserviez un moment, un espace privilégié et un carnet où vous allez réfléchir aux questions suivantes ?

  1. Je dresse une liste des raisons que j’ai de me plaindre
  2. Je reformule chacune de mes plaintes de manière à faire apparaître le problème comme étant sous mon contrôle : je peux y changer quelque chose.
  3. Je décide de changer ce que je peux changer.
    Je note mes résolutions et je m’engage (envers moi) à les appliquer 2 fois par jour et à me rendre compte quand je les oublie sur une période d’une semaine. Une résolution à la fois.
  4. Je refuse de changer / je crois que je ne peux pas changer : je me demande quel bénéfice je tire du fait de ne pas changer

J’adopte les attitudes suivantes

  • J’évite de juger
  • J’évite les procès d’intention et la lecture de pensée.
    Au lieu de cela, je parle de mes émotions et j’interroge.
  • Je propose à mon conjoint d’instaurer un rituel : désormais, une fois par semaine (en fait selon une périodicité qui vous agrée), nous nous réservons un espace de temps pour parler de notre relation.
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